Le mémoire de fin d’étude est une analyse du centre-ville de Saint-Prix, commune francilienne à vocation résidentielle. Il cherche à décrire l’incapacité d’un centre-ville à créer un espace public fédérateur et symbolique, support d’une identité urbaine. Phénomène largement partagé à la suite de l’étalement urbain francilien sans précédent de la seconde moitié du XXème siècle, rarement pensé et aménagé en même temps que son expansion.


Croquis du centre-ville de Saint-Prix : 1 – Vue aérienne de la place avec son supermarché et son parking / 2 – Vue piétonne depuis le parking.
Un centre-ville sans centralité
Le site, d’une superficie de 3 ha, est positionné au croisement de deux axes routiers, idéalement à l’interface entre le nord et sud de la commune et proche des moyens de transport. Il accueille un supermarché entouré de vastes espaces de stationnement et quelques pavillons à vocation commerciales et résidentielles. L’espace résultant propose une animation, du fait de la concentration d’activités, mais manque de cohérence, excluant le piéton à la faveur de l’automobile.





Croquis d’exploration urbaine. « Je n’expliquais pas comment une commune, qui se distingue par un cadre de vie admirable avait accepté de constituer son centre-ville sur une surface commerciale, dédié entièrement aux stationnement. »
Malgré la dénomination de centre-ville par la municipalité et les habitants, peut-on vraiment parler de centralité ? Le fait unique d’une bonne accessibilité et d’une fréquentation n’est pas suffisant sans l’association d’un espace d’expression. De surcroit commerces et équipements ont été organisés selon des espaces pensés pour la voiture qui n’ont pas les caractéristiques de densité, de proximité ou de communauté que suppose le fonctionnement d’une place traditionnelle.


Centre-ville de Saint-Prix, les conditions d’une confrontation minimale à « l’autre » ne sont pas présentes pour faire « place » : 1 – Plan de situation / 2 – Photographie depuis le parking.
Une géographie remarquable
Située à 20 km de Paris, au nord de la région Île-de-France, Saint-Prix est implantée à flanc de coteau méridional de la butte de Montmorency. Celle-ci est composée de trois collines qui atteignent jusqu’à 195 mètres d’altitude.



S’étalant sur 12 km de long et 4 km de large suivant un axe nord-ouest/sud-est, la topographie prononcée vient marquer la fin d’un continuum urbain qui trouve son origine à Paris.
Cette position géographique a valu à Saint-Prix durant la Révolution française le nom de Bellevue-la-Forêt. Sans doute pour la qualité des perspectives générées depuis le centre-bourg et la perception des fronts boisés, qui surlignent l’horizon tel un trait dans le paysage.



L’omniprésence de la forêt de Montmorency dans le panorama urbain de la ville : 1 – Vue sur le centre bourg de Saint-Prix et la forêt depuis une commune voisine / 2 – Vue sur le front boisé depuis le centre-ville / 3 -Vallée de Montmorency et Paris vu depuis le centre-bourg de Saint-Prix.
Une ville attractive / peu dynamique
La commune possède un bon niveau de desserte et d’accès aux pôles économiques. La gare le Gros Noyer, située à 200 mètres au sud de la ville, offre un accès au réseau ferré Transilien. La proximitié des nouvelles lignes du Grand Paris faciliteront l’accès aux pôles d’emploi du nord francilien. Le réseau routier permet également de rejoindre rapidement les communes autour de la capital.


Paris et Saint-Denis sont accessibles en moins de 20 min. 1 – Pôles économiques environnants et transport public ferroviaire associé / 2 – Voies routières principales.
Durant la seconde moitié du XXème siècle, la population a presque doublé, l’afflux d’habitants nouveaux originaires pour la plupart de la province et venus travailler à Paris provoque l’explosion démographique. Cela marque l’apparition de la notion de banlieue et implique des rapports étroits entre la capitale et sa périphérie.


La croissance démographique s’est traduite spatialement par un fort développement pavillonnaire. La moitié de l’espace urbanisé correspond à des opérations groupées d’habitat individuel et des lotissements, l’autre moitié se caractérisant par un habitat diffus, constitué au coup par coup.
L’absence d’une offre de logement diversifiée vient accentuer le départ des jeunes adultes qui n’ont pas les moyens de s’installer tandis qu’une grande partie des ménages arrivés dans les années 70 restent sur place. Le vieillissement de la population couplé aux mouvements pendulaires nombreux (90% des actifs travaillent en dehors de la commune) entrainent l’appauvrissement de la vie sociale saint-prissienne et de l’espace public.
Centre-bourg et centre-ville
Le centre-bourg de Saint-Prix concentrait originellement l’ensemble des activités et des logements. L’urbanisation dans la vallée, motivée par la gare le Gros Noyer a eu pour effet la création de deux centralités concurrentielles (la première historique, la seconde, plus récente, située proche des moyens et axes de mobilités modernes).


1 – Le centre-bourg niché en haut de la colline / 2 – Le nouveau centre-ville, place commerçante proche des axes routiers / 3 – Coupe sur la topographie de la commune et distance et temps de marche depuis la gare Le Gros Noyer.
Au cours du XXème siècle le centre-bourg s’est vu progressivement dépossédé de sa mixité de fonctions, avec le départ des commerces et des équipements publics pour la vallée, plus accessible. L’analyse cartographique historique qui suit présente l’urbanisation progressive de la vallée et nous aide à comprendre le glissement de centralité opéré au cours du dernier siècle.
1 – 1900, apparition d’un village satellite / 2 – 1ère motié du XXème siècle, éclatement de la centralité / 3 – 2ème moitié du XXème siècle, un urbanisme dicté par la voiture / 4 – Début des années 2000, premiers freins à l’urbanisation et protection du patrimoine naturel / 5 – Territoire actuel.
Le centre ville, un espace animé
Dans un rayon de 400 mètres depuis le croisement routier se situent la presque totalité des établissements destinées à l’enfance, à la culture, au sport et aux personnes âgées ainsi que la poste et la mairie. L’ensemble des commerces et des services saint-prissiens se sont implantés le long de l’avenue du Général Leclerc et au sud de la rue d’Ermont. Ces commerces doivent leur développement à la proximité de la gare du Gros Noyer et au trafic automobile.
1 – Equipements de Saint-Prix / 2 – Commerces et services de Saint-Prix.
L’espace de stationnement, bien que très utilisé par les voitures, est un espace non bâti permettant de faire lien entre le parc et les espaces paysagers ouverts des résidences HLM situés en amont et les équipements scolaires et sportifs situés en aval de l’avenue du Général Leclerc. Ici, malgré l’absence de prise de considération pour l’espace public, le vide permet de recoudre un tissu urbain fragmenté, il réunit des espaces hétérogènes et rétablit une certaine continuité dans la trame urbaine.


L’espace de stationnement est malgré tout un parvis très actif, traversé régulièrement par des populations variées. On y rencontre quotidiennement :
- des enfants et adolescents qui se rendent aux écoles élémentaires, à la médiathèque ou au centre sportif ;
- des adolescents qui prennent le bus pour aller au lycée situé dans une commune voisine ;
- des employés travaillant dans les environs qui viennent se restaurer le midi ;
- des familles et des personnes âgées qui font leurs courses.


Carte d’analyse spatiale thématique : 1 – Transport en commun sur site / 2 – Fréquentation piétonne journalière.
Un espace contraint
Sur les 3,3 ha du site, la moitié est accessible aux piétons, mais sous forme de parkings asphaltés et seuls 500 m² sont végétalisés, avec trois uniques arbres offrant de l’ombre. Aucun mobilier urbain n’est présent, et les espaces de stationnement appartiennent aux commerces, contraignant les piétons à rester mobiles.






Carte d’analyse spatiale thématique : 1 – Espaces verts et végétation / 2 – Espaces de stationnement / 3 – Hiérarchisation des franchissements / 4 – Surfaces bâties et non bâties / 5 – Pollution sonore / 6 – Contraintes d’accessibilité piétonne.
L’avenue du Général Leclerc borde le site au nord, avec 10 000 à 15 000 véhicules par jour sans limite physique pour atténuer ce bruit. Des barrières en béton viennent clôturer le site obligeant les piétons et les voitures a partager les mêmes accès, générant inconfort et insécurité.
Un quartier à densifier
Situé à moins d’un kilomètre de la gare Le Gros Noyer, le site fait partie des zones décrites par le SDRIF (Schéma directeur de l’Île de France) comme quartier à densifier. D’ici l’horizon 2030, celui-ci fixe pour orientation une augmentation minimale de 15% de la densité humaine et de la densité moyenne des espaces d’habitat. Ceci se traduit pour la commune par la création de 500 nouveaux logements. Cet objectif imposé par le PLU est l’opportunité de proposer le réaménagement du centre-ville et d’offrir une nouvelle place publique pour Saint-Prix, en plein cœur d’un espace déjà dynamique.

Conclusions
Le centre-ville de Saint-Prix bénéficie d’une accessibilité remarquable, d’une proximité immédiate avec l’ensemble des activités de la ville et d’une fréquentation importante, il pâti cependant de l’absence de mixité programmatique et de prise en compte du piéton. Vaste espace de stationnement aujourd’hui, il pourrait cependant profiter du projet du Grand Paris Express pour aspirer à devenir un lieu de rassemblement et de rencontre pour les saint-prissiens.

Le nouveau centre-ville se doit d’intégrer, sans les dissocier, les habitations, le supermarché et les commerces, les parkings et une place publique.
Dans ce processus, en plus d’un nouveau schéma urbain, nous proposons la création d’un équipement socio-culturel, considéré comme un pôle attractif, capable d’assurer une continuité entre les différentes entités et d’insuffler une dynamique d’ensemble. Le nouvel équipement est l’opportunité de créer un signal qui se manifeste par son architecture, son volume, son emplacement central et ses caractéristiques ornementales. Le dessin de la nouvelle place et de son nouvel équipement est l’objet du travail du PFE (Projet de Fin d’Etude) présenté page suivante.












