La chapelle dépassée, nous arrivâmes sur un vaste parc de stationnement, positionné des deux côtés de la rue, totalement goudronné et limité par des barrières et murets en béton, parfois agrémentés de petites haies. A côté du lieu de culte se trouvaient des commerces, un supermarché et même un restaurant, mais aucun de nous n’avait envie de s’arrêter ici, au beau milieu d’un parking. On se dépêcha de traverser, en prenant soin d’éviter les voitures.
C’est ainsi que je découvre pour la première fois le centre-ville de Saint-Prix. Excluant le piéton, destiné uniquement à l’automobile, il s’avère pourtant être un lieu animé, parcouru par des populations variées et situé idéalement à l’interface entre le nord et sud de la commune, proche des moyens de transport et facilement accessible. Ce rapport est l’occasion de questionner les raisons qui ont menés à son développement pour mieux proposer un réaménagement urbain, objet du projet de fin d’étude.



Le site, d’une superficie de 3 ha, est positionné au croisement de deux axes routiers. Il accueille un supermarché entouré de vastes espaces de stationnement et quelques pavillons à vocation commerciales et résidentielles. L’espace résultant propose une animation, du fait de la concentration d’activités, mais manque de cohérence.
Malgré la dénomination de centre-ville par la municipalité et les habitants, peut-on vraiment parler de centralité ?
Le fait unique d’une bonne accessibilité et d’une fréquentation n’est pas suffisant sans l’association d’un espace d’expression. Il manque la place, lieu où coïncide l’urbs et la civitas. La civitas est la ville des citoyens, de la communauté humaine qui investit l’espace public. C’est l’agora pour les grecs, puis le forum pour les romains. Ces lieus sont chargés d’une fonction politique, civique, religieuse et marchande. L’urbs quant à lui c’est la ville construite qui structure le plan urbain. La seule présence d’une l’église ne permet pas de contrebalancer la vocation commerciale du site. De surcroit commerces et équipements ont été organisés selon des espaces pensés pour la voiture qui n’ont pas les caractéristiques de densité, de proximité ou de communauté que suppose le fonctionnement d’une place traditionnelle. Les conditions d’une confrontation minimale à « l’autre » ne sont pas présentes. La ville étant l’outil rendant possible les interactions sociales spécifiques de la vie urbaine, le centre-ville de Saint-Prix se révèle de fait un espace sans urbanité. Si le champ des lieux où se rencontrent les citoyens s’est élargi tant dans leur nature avec les centres commerciaux ou de loisirs que spatialement avec l’essor des moyens individuels de transport ou de tourisme, ce n’en est pas moins toujours la qualité des espaces publics hérités qui assure l’urbanité et ce que l’on appelle aujourd’hui l’identité des villes.


